Jeudi 23 novembre 2023 – Salle du Moutet à Bourges



Sylvie BRUNEL, géographe, écrivain, professeur à l’Université de la Sorbonne, ancienne présidente d’Action contre la Faim.
Le changement climatique, la crise du Covid et la guerre en Ukraine ont remis l’alimentation au cœur des enjeux de société. Les questions de la souveraineté alimentaire, de l’autonomie alimentaire, des modèles agricoles au premier plan.
L’humanité pourra-t-elle toujours se nourrir, et comment ? Elle mobilise la géographie autant que l’éthique, mais aussi l’économie, le social, la géopolitique, l’écologie, l’agriculture et les cultures alimentaires.
Tant que la nourriture ne provient pas d’usines chimiques, de fermes verticales, nourrir renvoie d’abord aux paysans : même si les machines autonomes et les robots progressent en agriculture, à la base de tout il y a d’abord le paysan, celui qui cultive la terre et élève les bêtes. Le plus beau métier du monde, parce qu’on travaille avec le vivant, au cœur de la nature, mais aussi le plus difficile, car il est souvent difficile d’en vivre dignement, et que l’on dépend des caprices du temps.
Pays, paysan, paysage, les trois termes sont liés. La souveraineté alimentaire passe par une paysannerie forte, respectée, et dignement rémunérée, qui construit des paysages aménagés en fonction du milieu physique, du climat et des marchés.
Jamais nous n’avons eu autant besoin des agriculteurs, jamais nous ne les avons autant maltraités. Ils exercent pourtant le plus beau métier du monde. À notre service. Et ils possèdent toutes les clés du développement durable. Ce sont eux, les premiers écologistes de la planète.
Nous sommes en train de perdre notre souveraineté alimentaire dans un monde où la faim est redevenue une arme. 20 000 départs chaque année, 13000 installations seulement, c’est grave ! Nous perdons des paysages, des patrimoines, de bonnes terres désormais bétonnées ou rendues à la friche. Nous perdons des territoires vivants et notre indépendance !
Nous devons respecter nos agriculteurs, privilégier l’origine France dans nos achats, pour rester cohérents avec nos exigences sociales et environnementales ! Sans cette indispensable réconciliation, la France, après s’être désindustrialisée, se désagriculturalisera inéluctablement et rejoindra l’immense groupe des pays sans souveraineté alimentaire.
La France a encore la chance de faire partie du tout petit groupe de pays exportateurs de céréales mais aussi de semences et de pommes de terre, où elle occupe la première place mondiale. Sans évidemment parler des produits laitiers, des vins et spiritueux, de notre gastronomie d’exception. Ce serait une faute grave de perdre cette puissance.
tout à fait d’accord avec cette analyse